B comme Bernadette


Eh oui ! Cette fois c’est à mon tour de me dévoiler :)

De partager avec vous une de mes passions

En quête d’histoires et de généalogie.

Un besoin que j’ai depuis mon enfance, de rallier le passé au présent,

afin de comprendre d’où je viens, qui je suis…

Et si ensemble, nous remontions le temps…

Venez, suivez-moi, je vous y emmène, ma dernière enquête :)

En feuilletant le livre des recensements année 1842, population de la Roche, petit village du canton de Fribourg en Suisse, je tombe sur une annotation manuscrite concernant un certain

Elie Théraulaz, fils de Jacques, le frère aîné de la grand-mère-de-ma-grand-mère, né en 1809.

Un petit encart où il est inscrit : "Absent du village…..

Eh bien... Il n'en fallait pas plus pour titiller ma curiosité !

Un jeune homme de la Roche, en 1838... Surprenant non ?!

A une époque où l'on ne parle que le patois dans nos campagnes, avec un seul régent qui, en plus du curé, peine à enseigner le français ou plutôt la langue de Molière dans les chaumières... Jusqu'à ce que le règlement scolaire fribourgeois chasse drastiquement le patois des salles de classe en 1886, sous peine de sanctions !

Alors le langage des signes, à la Rotse* en 1838…

*La Roche en patois. 

C'est donc comme ça que je débute cette nouvelle enquête, en ce début d'année 2025

Sur les traces d'Elie à Paris

A ne pas confondre avec "Emily in Paris" :)

Des recherches qui d'entrée s'annoncent difficiles puisque, avant même de commencer, je le retrouve inhumé au pied d'un frêne, 9ème division sud du Cimetière Montparnasse, ce mardi 7 décembre 1858.

Un Elie Théraulaz qui repose parmi les plus grands d'hier et d'aujourd'hui...

Charles Beaudelaire, Simone de Beauvoir, Jacques Chirac et... Jane Birkin.

De plus en 1871, les archives de Paris ont totalement flambé...

C'est bien ma veine !

Incendiées suite à l'Insurrection de mai 1871. Une semaine sanglante qui mettra en scène des milliers de femmes, des incendiaires !

Encore une histoire de femmes qui s’intègrent bien à mes récits, hormis la caricature !

Celle “des pétroleuses" comme on les appellera, injustement accusées d'avoir bouté le feu aux bâtiments majeurs parisiens, dont l'Hôtel-de-Ville, le Palais de Justice, celui des Tuileries, mais qui épargnera la Cathédrale Notre-Dame ...

Une histoire que je découvre par la même occasion

Grâce à toi, mon arrière-arrière-grand-oncle Elie !

Mais alors voilà, dis-moi comment te retrouver ??

Un peu de flair et d'intuition peut-être... Une recherche sur Google maps et, au départ du cimetière, à quelques pas de là, l'Institut National des Sourds et Muets, INJS Paris, créé en 1791.

Waouh ! Un bâtiment imposant où je te retrouve ! 

L’Institut Nationale des Sourds-Muets, dans le 5ème Arrondissement de Paris, qui dans les années 1840, accueille entre 150 et 200 élèves.

Enfin, peut-être... A moins que cela ne soit qu'une coïncidence, un homonyme ?

Etrange tout de même…

Un Pierre Elie Théraulaz a bien travaillé dans l'Établissement de 1835 à 1858, date de son décès. 

Par contre, il n'était pas instituteur mais "commis d’administration", né à Doubs, Arrondissement de Pontarlier, le 23 mars 1809.

C'est ce qui est noté sur son contrat d'engagement daté du 10 mars 1835. Un document original retrouvé par l'archiviste Mme Jahan, une dame très sympa qui me mail l'entièreté des notes le concernant.

Un jeune homme âgé de 26 ans à son arrivée, et un employé modèle semble-il, bras-droit du Directeur, avec une formation de "correcteur d'imprimerie". Recommandé au poste par un Monsieur Ordinaire, Désirée de son prénom, ainsi dire le Directeur en personne, médecin et recteur d'Université, originaire de Besançon, non-loin de Doubs.

Dans les années 1850, on lui confiera même la comptabilité, avec un salaire de Fr 2’500.- français par an, qui avoisine celui d’un professeur. 

Voyez-vous ça...

Je vous l’avais dit, vraiment curieux..

Alors que mon Elie à moi vient de la Roche, fils de Jacques le laboureur et de Josette, dont je n'connais le nom de jeune-fille, installés au hameau du "Hap" sur les hauts de "Servil", Scherwyl aujourd'hui. Une maison isolée en toit de bardeaux, aux abords d'une clairière, la forêt du Burgerwald, avec leurs huit enfants, Adelaïde, Constantine, Elie 3ème de la fratrie, Marie la grand-mère-de-ma-grand-mère, Nanette, François, Louise et la petite Élise née en 1822.

Les grands-parents, Jean-Jacques Théraulaz le faiseur de crin*, et Madeleine née Chesney, ex Sallanches en Haute-Savoie * vivent également sous le même toit.

* Une origine avérée, une famille Chesney vivait bien à Cerniat dans ces années-là, comme le mentionne l’acte de baptême de Jacques, né à Cerniat en 1780, le grand-père Théraulaz était alors négociant… en fromage p-e.

Mon enquête aurait bien pu s'arrêter là, faute de ressources, une mission quasi impossible deux cent ans plus tard, sur les cendres de Paris, mais pas question de laisser tomber en si bon chemin.

Alors me revoilà à piocher dans les archives de l'État de Fribourg ce mardi matin 7 janvier 2025, bien décidée de trouver la clé du mystère.

Pas que je sois particulièrement liée à ce lointain personnage, un tantinet de ma famille :)

Mais pourtant des recherches qui bientôt vont payer bien au-delà de ce que je pouvais imaginer... 

Retour donc à mes documents d'archives

Serait-il parti direction Jura-Franche-Comté, avant de s'établir à Paris, Elie ?

Il lui aurait fallu une pièce d'identité... Rien de ce côté.

Et dans les registres, année 1809 La Roche... Introuvable.

Ni même la trace de ses deux sœurs Adélaide et Constantine...

Par contre, quelques pages plus tard, anno domini millesimo octingentesima année 1812, die vero decima quarta februarii le 14 février, c'est le nom de la grand-mère-de-ma-grand-mère que je découvre, Maria-Marguareta filia legitima de Jacobi Teraulaz ex Rupe de la Roche, et de Simona Joseph, alias Josette, nata née Daval, Cantone Doubs in Gallia.

Registre des baptêmes 1814, La Roche, Fribourg

Même en latin... Holala, je n'y crois pas !

Notre Elie était donc bien né à Doubs, de l'autre côté de la frontière.

C'est donc dans cette direction que je file aussitôt !

les archives du Doubs via internet

Le moyen de communication le plus rapide, à la fois magique, mais tellement banal en 2025, alors que les chemins de fer n'existaient même pas en ce temps-là ! 

L'Église St-Bénigne de Pontarlier et ses fonts baptismaux

qui ont vu défiler tant de générations…

Le père de Josette, Claude François Daval, fils de Barthélémi, né le 1er février 1743 à Pontarlier, laboureur et aussi, greffier de Justice.

Antoinette, sa mère, née Jeangirard le 20 mars 1774

Leurs enfants, une fratrie de 3 garçons et 5 filles dont Simona Joseph, notre Josette.

Autant de racines totalement méconnues

et de pièces à rajouter à mon immense puzzle familial

avant de pouvoir reconstituer l'histoire… 

Celle de Jacques Théraulaz, parti de la Roche en 1800 à l'âge de 20 ans

non-seulement pour y travailler, mais aussi en quête d'aventure, pour sûr !

A la découverte du MONDE, bien plus étriqué que celui d’aujourd'hui.

(Pcq les jeunes d’aujourd’hui, ils s’en vont jusqu’à… Tokyo ! Et je sais de qui je parle:)

Lui le petit fruitier, fromager, qui n'a jamais quitté son village, ses alpages, sa chaudière à fromage.

Le Pays du gruyère qu'il fabrique en été, et qui le distingue. Un savoir-faire qui se transmet de génération en génération, et qu'il transporte au-delà la frontière pour en faire, du comté.

On imagine la suite *** Sa rencontre avec Josette

et leur mariage le 4 pluviose de l'an XII du calendrier républicain, sous l'ère napoléonienne, ainsi dire le 25 janvier 1804.

Extrait de leur acte de mariage

Archives départementales du Doubs

Puis, la naissance de leurs premiers enfants à Doubs, avant de revenir à la "Rotse" en 1810.

Un attelage tiré par des chevaux, le convoi de leur vie, avec leur dernier-né

Un petit Pierre Elie…

Mon histoire n'est-elle pas jolie :>)

Plus tard, lorsqu’Elie aura définitivement élu domicile à Paris, il cédera sa petite maison rochoise de la Serbache à Marie, sa soeur, la grand-mère-de-ma-grand-mère et à ses enfants, les frères Wicht de Montévraz, Joseph, Elie, Olivier, Eugène tous restés célibataires, sauf Jean mon arrière-grand-père. Ils ont aussi une soeur, Constantine, du nom de sa marraine, née à Doubs en 1807.

Et pour terminer, sur le mur de l’Institut des sourds et muets à Paris, un poème datant de 1839…

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